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Non à ce féminisme réactionnaire galopant!

Par Alban Ketelbuters, doctorant en lettres, membre de l’Institut de recherches et d’études féministes de l'université du Québec (Montréal), et militant du Parti de Gauche, s'alarme de « la formidable régression intellectuelle qui touche le mouvement de libération des femmes ».

Urgence que celle de repenser le féminisme français à partir du quadriptyque républicain: liberté, égalité, fraternité, laïcité; et de substituer à l’idéologie dominante un renouveau universaliste.

Personne ne semble avoir pris la mesure de la formidable régression intellectuelle qui touche le mouvement –au mieux stagnant, au pire déclinant– de libération des femmes. L’un des points de départ de cette régression a pour nom Parité. Ce concept, qui constitutionalise la différence des sexes, était moins fondé sur un projet d’égale représentation des femmes et des hommes dans les institutions républicaines que sur l’idée essentialiste que les femmes feraient, par nature, de la politique autrement. Cette fausse belle idée, largement inspirée par la démocratie communautaire états-unienne fondée sur le principe des quotas et de la discrimination positive, a installé dans l’opinion l’idée pré-féministe de la complémentarité des sexes (les deux vont de pair, ils ont des caractéristiques, des fonctions et des rôles différents).

La visibilité croissante des mouvements écologistes a aussi sa part dans la régression en cours. Leurs tendances progressistes sont bien moins visibles que celles, technophobes et naturalistes, qui se retrouvent aussi bien dans des partis politiques (Cécile Duflot qui plébiscite le retour aux couches lavables au sein d’Europe Écologie-Les Verts) que dans des institutions internationales comme l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui a pris le parti de mener une politique intensive de culpabilisation des femmes en faveur de l’allaitement maternel, alors que le biberon a évidemment constitué pour elles un outil émancipateur.

Ainsi s’est installée en France une idéologie essentialiste et différentialiste, qui renvoie hommes et femmes à des rôles surdéterminés par leur anatomie. Dès lors, il n’est guère étonnant de voir renaître un instinct maternel sublimé, ni d’observer l’américanisation de certains mouvements féministes, qui agissent moins pour la défense des femmes que pour la mise en accusation des hommes. Par exemple, la notion de «harcèlement sexuel», au demeurant indispensable, instille l’idée dangereuse d’une présomption de culpabilité pour tous, et d’une présomption d’innocence pour toutes. Cette idéologie est à la racine du discours dominant, bien-pensant, axé sur la notion de «dignité», qui nous a conduit à ce culte du maternel et au retour aux fondamentaux naturels, dont certaines féministes ont oublié qu’il pouvait souvent s’effectuer aux dépens des femmes.

La crise économique depuis une vingtaine d’années, aggravée par la crise financière de 2008, jouxtée à l’américanisation de la société française et au retour en force de l’idéologie naturaliste, a produit un néo-essentialisme que l’on croyait enterré depuis Le deuxième sexe. Au message universaliste beauvoirien, et aux premières conquêtes féminines, a succédé un féminisme réactionnaire et puritain, où naturalisme et dignité se conjuguent au quotidien, aboutissant notamment à une stigmatisation des travailleuses du sexe, privées de droits sociaux, à une hostilité infantile vis-à-vis des techniques de procréation médicalement assistée comme la gestation pour autrui (GPA), et au recul croissant de la laïcité dans notre société. Où étaient les féministes au moment de la multiplication du voile intégral dans l’espace public? Celles-là même qui feignaient d’ignorer que la burqa et le niqab sont des étendards salafistes, et que dans les sociétés où la loi religieuse s’impose à l’espace public, les femmes perdent tout.

A force de discours paradoxalement pré-féministes, et de scepticisme sur les bienfaits émancipateurs et apaisants de la laïcité, la France n’est pas à l’abri d’une régression accélérée pour les femmes. Il faut en finir avec cet archaïsme et revenir aux principes républicains. Non à ce féminisme qui surtaxe les couches jetables, promeut un modèle unique de mère parfaite, et reste silencieux face à cette politique de la peur s’agissant des pilules contraceptives. C’est un féminisme de conquêtes qu’il faut bâtir, un féminisme des Lumières, rationaliste et universaliste: non pas le féminisme propret de la parité mais un féminisme d’égalité, avec pour fers de lance une offensive pour l’indépendance économique, pour la création d’un véritable service public de la petite enfance, pour la liberté sexuelle (y compris celle de contracter librement avec le client), pour la libre disposition de son corps (mettre un terme à une grossesse avec l’IVG; être enceinte pour autrui avec la GPA).

En outre, il ne faudrait pas que le féminisme pâtisse du ralliement des mouvements gays et lesbiens à la conjugalité hétérosexuelle bourgeoise. La liberté des uns ne peut se faire au détriment des autres et si l’égalité des droits est une vraie conquête républicaine, il n’en demeure pas moins que le mariage pour tous, inscrit dans une «stratégie de la respectabilité» selon les mots de l’anthropologue espagnol Oscar Guasch, s’accorde avec une vision normative des comportements sociaux. Si le mariage pour tous redonne des couleurs universalistes à notre République, il s’inscrit néanmoins dans un projet d’accommodements et non de transformation, se superpose aux diatribes abolitionnistes anti prostitué-e-s, et aux frondes anti mères porteuses.

Dans tous les cas, le mimétisme avec les styles de vie des groupes sociaux hégémoniques ne saurait constituer un aboutissement politique et intellectuel soutenable.



08/03/2013
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